Dimanche 24 janvier 2010 7 24 /01 /Jan /2010 15:20
Me & You
Son nom, Meyou, se prononce Mi-You (cri du chat mdr), Me (donc prononcé Mi) étant le nom de sa personnalité angélique, et You le nom de son côté démoniaque. J'adore ce côté jeu de mot ^^



Chapitre 1 : La mort
Il pleuvait, et malgré mes vêtements chauds, je sentais le froid de l’hiver s’insinuer le long de mon corps, comme s’il me défiait d’arriver à lui faire barrage.
Il faisait nuit mais je me rappel avoir été éblouie par de la lumière qui fonçait sur moi à toute allure, avant le choc. Je me sentie soulevée du sol, légère, avant de retomber lourdement sur l’asphalte de la route. J’étais lourde, je ne voyais plus rien, le sang soulait dans mes yeux mais je ne pouvais plus bouger. J’étais brisée. Je ne pouvais même pas fermer les yeux. Je sentais encore plus intensément le vent s’insinuer dans mon corps, dans mes os.
Pourquoi étais-je dehors ce jour là ? Qu’est-ce qui était arrivé ?
J’entendais des gens crier. Ils étaient à côté de moi mais leurs voix étaient come assourdies, lointaines. Des mains sur moi, quelqu’un essuyai mon visage. Je ne pouvais pas parler, je n’étais plus que douleur atroce, je ne pouvais pas crier.
Je les sentais autour de moi, ils devaient penser que j’étais morte. Ils s’en allaient à présent. La voiture me contourna, me laissant seule dans la rue. Je ne voulais pas mourir, je ne voulais pas mourir seule. Le visage tourné vers le ciel, je fixai les étoiles sans pouvoir détourner le regard.
Je sentais mon corps se raidir peu à peu, et la douleur me quitter. Des larmes incontrôlables coulaient sur mon visage, floutant la brillance des étoiles.
Je n’avais plus mal. Je n’avais plus peur. J’attendais.
Je n’avais pas fermé les yeux, pourtant le ciel s’assombrissait. Une fois dans le noir total, je sentis une étrange chaleur m’envahir, une main douce m’effleura la joue, essuyant mes larmes, chassant l’obscurité.
Un jeune garçon était penché sur moi. Son air doux et triste me serra le cœur. Etait-il triste pour moi, une inconnue à ramasser à la petite cuillère ?
- Bienvenue cher toi, Me
Me ? Etais-ce ainsi que je m’appelais ? Ou un nouveau nom, pour une nouvelle vie ?
Penché sur moi, il passa une main sous ma tête, l’autre sous mon dos, pour me relever. C’est alors que je les vis, immenses, d’un blanc pur. Des ailes d’ange.

Je n’ai plus aucun souvenir de ma vie d’avant. Seule a mort m’est restée en mémoire. Avais-je eut une famille aimante et soudée ? Des amis? Etais-je une bonne élève à l’école ? Rien de tout cela n’avait plus d’importance, je ne me sentais pas perdue comme les amnésiques. Ma nouvelle famille me comblait.
A mon arrivée, ce fut l’ange chargé de l’âme des morts, qui m’accueilli. Il m‘aida à m’asseoir mais à peine relevée, je sentis quelque chose pousser dans mon dos, transperçant ma chaire. Pourtant, la douleur ne vint pas.
Abasourdie, je regardai l’ange, il souriait à présent.
- Tes souffrances sont terminées, Me, nous allons veiller sur toi maintenant
- Qui êtes-vous ? murmurais-je, abasourdie
- Je me nomme Uriel, je suis chargé de recueillir l’âme des morts afin de les conduire au paradis ou en enfer
Regardant autour de moi, je vis des nuages blancs et cotonneux. Ils formaient le sol, mais certains voletaient dans l’air délicatement. Une cathédrale se dressait, démesurée, de la taille d’une ville. Ses murs de marbre blanc avaient de fines veines d’or et de pierres précieuses qui semblaient avoir fondues pour former de somptueux fils multicolores.
De grandioses portes d’or, merveilleusement ouvragées, étaient ouvertes, laissant voir un jardin intérieur somptueusement fleuri. Des anges allaient et venaient, leurs ailes délicatement repliées. Que c’était beau !


Chapitre 2 : L'ange gardien 
Uriel m’entraîna à l’intérieur. J’étais abasourdie par tant de splendeur. Il me fit traverser les jardins intérieurs où jouaient des enfants, leurs ailes minuscules bougeant gracieusement au rythme de leurs mouvements. Je ressentis une pointe de tristesse pour eux. Longeant un grand et long couloir dont les murs regorgeaient de tableaux représentant la terre, l’ange, j’observais les anges autour de moi. Rares étaient les anges avec de grandes ailes tel qu’Uriel, la grande majorité les avaient de taille moyenne, mais toutes sans exceptions étaient d’un blanc pur.
Arrivé à une croisée, Uriel laissa passer deux gardes qui menaient un ange aux mains liés par des fers d’or, la tête basse. Ses ailes étaient grises, ternes, et pendaient dans son dos comme des chiffons informes. Choquée, je ne pus détournée les yeux. Posant une main sur mon épaule, Uriel me força à reprendre notre chemin.
- Il est déchu ? questionnais-je l’ange de la mort
- Oui, répondit-il simplement, le regard triste
Il ne voulait pas en parler, le sujet devait être douloureux. Nous continuâmes notre chemin en silence. Alors même le paradis connaissait des malheurs, comme sur terre. Ce n’était peut-être pas si différent après tout, sauf qu’ici la majorité des gens étaient bons. Une lourde porte de bois massif nous bloqua finalement la route.
- Attends-moi ici
Hochant la tête, je vis Uriel franchir les portes qui se refermèrent sur lui. Peu après, il revint me chercher. Derrière les portes, cinq anges m’attendaient, silencieux. Le plus beaux, aux ailes saupoudrées d’or, trônait sur un siège surélevé fait d’or et d’ivoire. Les quatre autres étaient debout, deux à sa droite, deux à sa gauche.
- Je suis le chérubin Haziel, je suis chargé de t’aider à trouver ta voie au sein de notre communauté
Impressionnée, je ne pus que hocher la tête, cela le fit sourire.
- Me, reprit-il en se levant, approche
Il descendit au bas du trône, il était bien plus grand qu’Uriel. Ses larges ailes se déplièrent lentement, douces, légères. Inquiète, je pris nerveusement la main d’Uriel dans la mienne. Il me souri puis me serrant la main, il me fit avancer vers Haziel. Il m’attendait, patient. Arrivée à sa hauteur, le visage levé vers lui, j’appréhendais. Il posa délicatement ses immenses mains de chaque côté de mon visage, les yeux fermés, tandis que les quatre anges à ses côtés entamaient un chant somptueux.
Je me détendis peu à peu. Je me senti légère, comme une douce brise d’été. Haziel se mit alors à chanter, et je senti comme une explosion se faire au fond de moi. En même temps, mes ailes se mirent à grandir, de plus en plus lourdes à porter.
Soudain, Haziel arrêta de chanter, ainsi que ses choristes, et me lâcha vivement le visage. Déséquilibrée, je partis en arrière. Uriel me rattrapa juste à temps. Le visage fermé, le chérubin retourna s’asseoir sur son trône.
- J’ai pris ma décision, tu seras ange gardien, cependant ne te réjouis pas trop vite, au Paradis tu es en sécurité, mais la terre ne nous appartiens pas, c’est une zone de non droit où les sbires de l’enfer rode
Je déglutis difficilement, cherchant la main d’Uriel. Haziel, hocha la tête, signifiant à l’ange de la mort qu’il était temps pour nous de repartir. Main dans la main, nous sortîmes de la grande salle. Les portes se refermèrent sur nous. Il resta sur le seuil un moment, puis se tourna vers moi. Il avait encore cet air triste.
- Me, tu te rappel l’ange déchu que tu as vu passer tout à l’heure ?
- Oui bien sur, pourquoi ?
- Il était ange gardien



Chapitre 3 : Les dix règles d’or
Uriel m’entraîna à travers un dédale de couloirs, tenant toujours ma main dans la sienne, jusqu’à ma chambre. Sans un mot, il me laissa seule. La pièce était petite mais elle contenait une armoire, une malle, trois étagères accrochées au mur, ainsi qu’un secrétaire et un lit douillet. Une porte permettait d’accéder à une petite salle d’eau. A peine allongée sur mon lit, délicieusement moelleux et parfumé, je m’endormis profondément.
Le lendemain matin, un ange vint frapper à ma porte. Il avait de grandes ailes et portait une armure de cuir marron, ainsi qu’une épée accrochée à son côté. Le visage du guerrier portait les traces de ses nombreux combats contre les démons.
- Suivez-moi
Il reparti sans rien ajouter. Je le suivi intriguée. Sortant dans le jardin où jouaient les angelots, il ouvrit une lourde porte de bois qui se referma d’elle-même sur nous. Nous nous retrouvions dans un stade immense. Au milieu se trouvait une arène de sable où des anges s’entraînaient au combat, encerclés par une large bande de terre recouverte d’herbe tendre où d’autres anges écoutaient patiemment l’ange qui semblait régner sur l’endroit. Ce dernier se tourna vers moi, tandis que mon guide partait sur le terrain de combat.
- Bienvenue Me, je m’appel Lumiel
- Bonjour…
- Je suis chargé de faire de vous des anges gardiens, me coupa-t-il en se tournant à nouveau vers les anges assis, il existe deux catégories d’anges gardiens : ceux qui combattent, chargés de veiller sur les adultes, et ceux qui guident, chargés de veiller sur les enfants
Lumiel me détailla des pieds à la tête.
- Tu es assez chétive, tu seras donc chargée de veiller sur les enfants, de leur naissance jusqu’à leur entrée dans l’âge adulte, ne reste pas debout, va t’asseoir avec les autres
Intimidée, je m’assis en silence.
- Bien, mon enseignement se déroulera en deux fois, dans un premier temps vous apprendrez les dix règles que vous devrez impérativement suivre pour bien veiller sur l’enfant qui vous sera confié, et dans un deuxième temps un nourrisson vous sera attribué et vous irez sur le terrain, rien de tel qu’une mise en situation concrète, des questions ?
Plusieurs mains se levèrent mais Lumiel fit comme s’il n’avait rien vu.
- Voici les dix règles, ne les oubliez jamais car si vous en loupez ne serais-ce qu’une seule vous serez considéré comme hors-la-loi et transportés à la Haute cours pour être jugé
Prenant une pause, il nous scruta de son regard d’aigle.
- Première règle…
Lumiel énuméra les dix règles et nous les fit répéter jusqu’au soir inlassablement, jusqu’à ce que nous en soyons imprégnés totalement. Les cinq premières règles envoyaient directement en enfer, les cinq autres entraînaient le bannissement sur terre :

1. Ne jamais causer le moindre tort, blessure ou la mort à l’humain qui a été confié
2. Ne jamais commettre de péché, qu’elle qu’en soit la raison
3. Ne jamais tomber amoureux et/ou avoir des relations intimes avec un humain
4. Ne jamais tomber amoureux et/ou avec des relations intimes avec un démon
5. Ne jamais faire de pacte avec un démon

6. Ne jamais devenir ami avec un démon
7. Ne jamais abandonner ni ignorer l’appel de l’humain qui a été confié
8. Ne jamais agir seul lorsque la situation exige de faire appel aux anges combattants
9. Ne jamais appeler les anges combattants pour un problème mineur
10. Ne jamais contraindre l’humain en quoi que ce soit


Chapitre 4 : L’entraînement pratique
Afin de parfaire notre apprentissage, il nous fit remplir des QCM (invention humaine au combien énervante au possible) tous les jours. Tout le temps. Il recherchait l’excellence et en donnait un nouveau à tout le monde, alors même qu’un seul d’entre nous avait commis une seule erreur.
Au bout de deux mois, tout le monde était capable de répondre parfaitement à n’importe quelle question, même la plus excentrique, sans plus jamais faire la moindre erreur.
- Bien, vous connaissez désormais la théorie sur le bout des doigts, nous allons à présent passer à la pratique concrète et sérieuse, chacun d’entre vous va se voire confié un nourrisson encore dans le ventre de sa mère, votre première mission consistera à visualiser son caractère futur, des questions ?
Plusieurs mains se levèrent mais il les ignora superbement. Comme d’habitude.
- Vous devrez donc, un jour avant l’accouchement, me faire une rédaction détaillée sur le caractère du bébé et ce que vous comptez faire pour l’aider du mieux possible à rester sur le droit chemin, il fit une pause, nous scrutant tel un rapace traquant sa proie, bien entendu, il vous est impossible de choisir pour lui (règle n°10), utilisez les moyens permis à votre disposition, les rêves, la petite voix de la conscience ou de la raison, les animaux…
Se perdant dans un discours moralisateur, encore un, long et fastidieux à entendre pour qui ‘la déjà entendu un bon millier de fois, Lumiel nous tourna le dos.
- Il est bien entendu que vous aurez désormais une vie entre vos mains, vous ne devez pas vous considérer comme un parent, vous ne devez pas tisser de lien affectif, cela nuirait à la bonne marche de votre mission, ainsi qu’à vous-même
Le silence s’installa, lourd, grave. L’ange instructeur nous fit de nouveau face.
- Tous le monde dans la salle du puits, l’ange Nati vas vous donner vos affectations
Je me rendis avec les autres dans la salle au puits, là où les anges mineurs pouvaient regarder la terre. La salle était vaste, avec en son centre un puits où stagnai une brume vaporeuse aussi réfléchissante que l’eau. Nati nous attendait.
- Alignez-vous les uns derrières les autres et avancez chacun votre tour
Ce fut à Piriel de passer le premier. Nati lui demanda de placer sa main au-dessus du puits. Une image se forma alors, montrant un couple en pleine action.
- Nul ne peut choisir son affectation, elle se fait automatiquement selon qui vous êtes, selon ce que vous avez été lorsque vous étiez humain, afin d’optimiser au mieux votre affectation, maintenant Piriel, saute dans le puits
Sans hésiter, sans se poser de question, Piriel enjamba le rebord du puits et sauta dans l’image. Il se retrouva ainsi aux côtés du couple.
- Me, m’appela Nati
Approchant du puits, je tendis la main. Une chambre apparu, pas très reluisante. Le couple sur le lit était tendre, passionné. C’était beau. Enjambant le puits, j’atterris dans la chambre. On sentait l’amour se dégager de chaque recoin. Je n’étais pas si mal tombée après tout. M’approchant doucement du lit, au fond de moi, je savais que la vie venait de voir le jour. Le couple stoppa enfin ses ébats, s’étirant comme des chats, heureux.
Mon observation ne devait pas commencer tout de suite. Je me concentrai alors sur l’environnement alentour. La chambre ne payait pas de mine avec le papier peint défraichi, mais elle était néanmoins propre et fraiche. La fenêtre ouverte laissait passer une petite brise fleurie d’été. Le couple s’était assoupis, serein.
Regardant la femme endormie, je songeais soudains aux angelots qui jouaient dans le jardin du paradis. Ils  n’avaient pas eut de chance lors de leur vie humain. Je me fis alors la promesse de tout faire pour mener ma mission à son terme, et rendre cet enfant heureux.


Chapitre 5 : L'Enfer 
Cela faisait maintenant cinq ans que je m’occupais de mon petit protégé. L’enfant avait bien grandi et faisait déjà preuve de caractère, comme tous les jeunes enfants. Le samedi soir, je suivis la mère et le fils partis faire des courses. Une atmosphère pesante régnait sur la rue, mais moi seule pouvais la sentir. J’avais la sensation qu’un danger imminent était sur le point d’arriver. Regardant de tous côtés, je réprimais une furieuse envie d’envoyer un appel à l’aide mental. Inquiète, je scrutais le moindre recoin de la petite supérette de rue. Il n’y avait rien d’autre que le vas et viens habituel des clients du soir. Arrivés à la caisse du magasin, je cru voir une ombre à travers la vitrine. Inquiète, je suivis la famille qui rentrait chez elle comme si de rien n’était. Cela se passât alors que je m’apprêtais à entrer dans l’appartement.
Je sentis une soudaine pression me prendre la tête comme dans un étau, me forçant à rester sur le palier, m’empêchant de demander de l’aide. La mère et l’enfant entrèrent dans l’appartement et refermèrent la porte comme si de rien n’était. Un grand coup sur l’épaule me forçât à mettre un genou à terre. Surmontant la douleur, je fis apparaître mes ailes dont l’éclat forçât un instant les deux à reculer. Je me mis à courir le long du couloir, jusqu’à la fenêtre ouverte. Sautant la tête la première, je pris mon envol tout droit vers les cieux, appelant à l’aide de toutes mes forces. Regardant en arrière pour jauger la distance qui me séparait de mes poursuivants, je les vis sauter à leur tour par la fenêtre, sortant d’horribles ailes osseuses de leurs dos. Leur aspect donnait l’impression qu’ils sortaient tout juste d’un incendie, des démons traqueurs d’une endurance sans limite. L’un d’eux lança ses bras en avant, esquissant un sourire aux dents acérées et pourries. Paniquée, la douleur me repris à la tête, bloquant tout mes mouvements. Je me mis à tomber de plus en plus rapidement vers le sol. Confusément, je vis les anges soldats, petits points éclatants dans le ciel étoilé sans nuages, se ruer sur nous.
Le choc contre le sol me brisa une aile, me coupant le souffle. Hurlant de douleur, je sentis les démons poser leurs mains dégoutantes sur mon corps douloureux. Des flammes nous entourèrent, bouchant ma vision, nous transportant vers leur monde, les enfers d’où aucun ange n’était jamais revenu entier. Je me tordis de douleurs lorsque les flammes léchèrent ma peau, espérant m’évanouir pour ne plus avoir à ressentir cette douleur atroce. La descente aux enfers ne dura que quelques secondes, mais il me semblât qu’elle avait durée une éternité. Arrivés à destination, j’eus du mal à ouvrir les yeux. La terre était noire, brûlée par les flammes, à certains endroits la roche était en fusion, la lave coulant lascivement. Il n’y avait aucun arbre, aucune plante. Les enfers c’était comme d’être dans une grotte, sauf que celle-ci était tellement immense que l’on ne voyait pas le plafond. De la fumée grise restait perpétuellement en flottement en hauteur, percée par des démons volants.
- Mon Seigneur, croassât l’un des traqueurs, on a réussit à attraper ça pour vous
Un démon supérieur s’approchât de moi, faisant reculer craintivement les deux traqueurs.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il
- Un ange gardien Votre Grâce, répondit le deuxième traqueur
Me poussant du bout de son pied griffu, il me fit rouler sur le côté, mon aile blessée me fit gémir lamentablement
- Elle n’a pas l’air en forme on dirait, lança le grand démon avant de partir dans un rire rauque
Ses deux larbins se fendirent d’un large sourire en hoquetant d’un rire suintant de soumission.
- Emmenez-la dans la salle de torture, j’ai cassé mon dernier jouet et il faut le remplacer
Sans ménagement, l’un des traqueurs me souleva sur son épaule, avant de rejeter mes ailes sur le côté, m’arrachant un cri étranglé. Prenant son envol, il m’emmena vers un bâtiment ressemblant étrangement à la cathédrale du Paradis. Ses pierres étaient noires, granuleuses, veinées de lave en fusion qui saignait de tempe en temps. Les démons étaient partout, tous difformes, monstrueux, sanguinaires, me suivant de leurs yeux rouges effrayants.
Epuisée, je senti mon cœur se serré quand la porte imposante se referma sur nous.


Chapitre 6 : You
Attachée aux poignets par des fers, assise par terre, j’avais perdu la notion du temps depuis un moment déjà. Le Seigneur démoniaque Astaroth était cruel, il aimait observer Alastor, son bras droit, me torturer, lui susurrant conseils et ordres d’une voix emplie de satisfaction. Lorsqu’il en avait assez de « jouer », il envoyait son sous-fifre préféré, Azazel, me soigner et me remettre sur pieds pour la prochaine séance de jeu. Azazel était un démon mineur sur qui tout le monde aimait taper pour un rien. Son don de soin lui avait valu le quolibet de demi-ange et la protection forcée d’Astaroth, qui l’aurait tué depuis longtemps s’il ne lui servait pas à requinquer ses jouets.
A chaque séance, j’essayais de ne plus penser à ce qui arrivait à mon corps, mon âme arrivait parfois à s’évader en elle-même, dans un endroit noir, frais, où la douleur n’arrivait pas. Dans ces cas là, mon corps devenait alors amorphe et je ne criais plus. Astaroth prenait alors Azazel comme jouet de remplacement, le temps que je revienne à moi. De ce fait, Azazel avait cultivé une telle haine envers moi qu’une aura putride transpirait de sa chaire morte lorsqu’il m’approchait pour me soigner. Un jour où Alastor était particulièrement inventif, je réussis à rentrer dans mon jardin secret, cette zone noire si calme et apaisante. Debout, la tête penchée en arrière, les yeux fermés, je me sentais bien.
- Bonjour
Surprise, je faillis tomber à la renverse. Quelqu’un dans MON esprit ? Impossible !
- Bonjour, répétât la voix de femme un peu plus fort
- Heu…bonjour ? murmurais-je
- Regarde mieux Me, je suis juste devant toi
Plissant les yeux, une forme ondula devant moi, jusqu’à ce qu’apparaisse mon reflet. Pas exactement mon reflet, ses cheveux étaient noirs et bouclés, alors que je les avais blancs et raides. Mon moi aux cheveux de jais avait une voix plus grave, elle semblait plus forte aussi. Abasourdie, je la fixai d’un air hagard.
- Je m’appelle You, tu ma créée
- …hein ?
Souriant devant mon air étonné, You repris de sa douce voix grave.
- Ton âme était trop faible pour résister longtemps encore aux assauts d’Alastor, à la haine d’Azazel et au monde putride où tu te trouve, c’est pourquoi elle s’est scindée en deux, je n’ai gardé de toi que l’apparence, je suis une nouvelle âme, comme une sœur jumelle si tu veux
You déploya ses ailes, des ailes de démon. Effrayée, je me mis à reculer lentement.
- Attend Me, n’ai pas peur ! Je suis là pour t’aider, tu dois accepter mon existence, sinon les Enfers auront raison de toi, et ton âme se brisera, tu deviendras alors un démon, c’est ce qui attends tous les anges qui finissent ici
- Comment sais-tu tout cela ? lui demandais-je
- Je suis née dés ton entrée en enfer, j’ai observé, j’ai écouté, j’ai beaucoup appris sur les démons, j’en suis un moi-même alors certaines choses sont innées pour moi
- Si tu es un démon, alors pourquoi tu cherche à m’aider, je suis un ange !
- Parce que je viens de toi, c’est à partir de ton âme que je me suis formée, tu es le seul ange que j’aime
- Pourquoi je ne t’ai jamais sentie auparavant ?
- Tu n’étais pas prête
- Et maintenant ?
- Ton corps est à bout de force, ton âme également, accepte moi Me je t’en prie !
You s’était approchée de moi, elle me prit dans ses bras, je ne pus résister à son étreinte si tendre, me laissant aller contre elle, je senti des larmes de soulagement couler le long de mes joues. Je n’étais plus seule dans les ténèbres.


Chapitre 7 : Retournement de situation 
- Me, maintenant tu dois me laisser faire, laisse moi le contrôle, demanda You
- Le contrôle ?
- Oui, celui de ton corps, je vais te sortir de là
- Quoi ? Mais…comment ? bégayais-je
- Détend toi, laisse toi faire
You me fit m’agenouiller, elle se positionna en face de moi, elle plaça ses mains paumes vers moi devant elle, me suppliant en silence de la rejoindre. A peine avais-je posé mes mains contre les siennes que je senti son calme m’envahir.
- Nos âmes se reconnaissent, ici c’est ton jardin secret, je ne viendrai jamais l’envahir, mais je vais y mettre une porte, derrière se trouve le monde où ton corps évolue, le monde réel et conscient, lorsque l’une de nous passera la porte, c’est elle qui contrôlera ton corps
You pencha sa tête vers la mienne jusqu’à coller son front contre le mien, évitant son regard je fermais les yeux.
- Me, acceptes-tu de me laisser passer la porte ?
Je mis un long instant à réfléchir à sa proposition, cela impliquait tant de choses, je n’étais pas certaine de vouloir rester dans le flou tandis qu’une autre dirigeait mon corps.
- Me ?
- Je…je ne sais pas…
- Je t’ouvrerai ma conscience, tu sauras tout de mes faits et gestes, mais pour préserver ta innocence, tu dois comprendre que je doive garder certaines choses pour moi seule
Je sentais que You était sincère, comme une grande sœur elle souhaitait me protéger du mal qui nous entourait. J’avais pris ma décision.
- Je…vas-y !
You se releva alors à une vitesse hallucinante, son regard azur était soudainement devenu dur comme la roche. Rouvrant les yeux, je la vis s’approcher de la porte et poser une main sur la poignée.
- Me, ceux qui t’ont fait du mal seront châtier, je le jure, gronda-t-elle avant de traverser
J’ouvris les yeux, j’étais allongée sur une table, écartelée. J’entendais Azazel gémir non loin de moi. Tournant la tête dans sa direction, je vis Alastor penché sur lui qui lui prodiguait quelques sévices dont lui seul avait le secret.
- Ah ! s’exclama Astaroth, notre douce amie s’est enfin réveillée ! Je commençais à trouver le temps long, Azazel n’est pas un bon jouet, pleurnicha-t-il, Alastor, fait comprendre à mon jouet que je n’aime pas quand elle s’évanouie, surtout aussi longtemps, jubila-t-il à l’idée de ce que son serviteur allait me faire
- A vos ordres Votre Grâce, s’empressa son serviteur dévoué
Il s’approcha de moi, les griffes dégoulinant du sang d’Azazel. Prêt me transpercer la chaire, il s’arrêta soudain, se rendant compte que je le fixai. Surpris, il abaissa son bras.
- Eh bien Alastor, gronda Astaroth, tu rechigne à faire ton travail ?
- Elle a changé, répondit le serviteur
- Qui donc ? demanda son maître
- L’ange, elle a changé, répondit-il
- Ne soit pas stupide, les anges ne changent pas, ils sont aussi faibles que les humains
Alastor recula d’un pas, comme si mon regard le faisait souffrir.
- Elle…elle a le regard d’un démon et…ses cheveux…
D’un geste vif, ma chaîne se brisa net, sans un bruit. Ma main enfoncée dans sa gorge, le serviteur produisit un gargouillis avant de s’effondrer sur le sol, pris de convulsions. Les autres chaînes furent tout aussi faciles à arracher. Astaroth, remis de sa surprise, se jeta sur moi en grondant férocement, m’entraînant dans sa chute de l’autre côté de la table de torture.

Chapitre 8 : La fuite
Je marchais négligemment au beau milieu des démons depuis un bout de temps, cherchant la sortie. Si le bâtiment était identique à celui du Paradis, il serait très facile de retrouver la sortie. J’avais laissé Alastor et Astaroth dans un piètre état, sous le regard admiratif d’Azazel auquel j’avais bien pris garde de ne rien faire, l’aidant au contraire à se relever, essuyant le sang qui coulait de la lèvre lacérée. Ce dernier me suivis alors sans un mot, observant le moindre de mes gestes. Mes ailes démoniaques légèrement ouvertes, je me frayais facilement un passage. Les démons reculaient prestement, avisant le sang de démon qui me maculait et dont l’odeur me précédait largement. Arrivée à la grande porte, je pus profiter qu’un démon supérieur entre avec sa cours pour me faufiler vers l’extérieur après que le dernier de ses serviteurs soit entré.
Déployant alors entièrement mes ailes, je pris mon envol et ne posât pied à terre que lorsque la cathédrale infernale fut hors de vue. Avisant Azazel qui m’avait suivi, je m’assis sur une roche, près d’un petit ruisseau de lave bouillonnante. Sans moi, Me se serait surement brûlée profondément la peau. Azazel s’approchât avec méfiance, avant de s’asseoir en tailleur à mes pieds. Après un certain temps, je me décidais à baisser les yeux vers lui.
- Azazel ?
- Oui maîtresse ? répondi-t-il avec empressement
- Je ne sais pas comment partir d’ici, peux-tu m’aider s’il te plait ?
Halluciné, le démon se releva prestement et s’inclina devant moi, une main sur sa large poitrine difforme.
- Oui bien sur, à vos ordres !
Me prenant délicatement les mains, il me releva et passa ses bras autour de moi, me serrant contre lui. Il me dépassait d’une tête mais, tout en sachant pertinemment que je le dominais largement en puissance, je ne pus m’empêcher de ressentir comme du bien être à être ainsi blottie contre lui. Des flammes nous entourèrent en une seconde, et nous nous retrouvèrent dans le monde humain, au somment d’un immense building, hors de vus. Azazel me lâchât, à mon grand regret, et recula de quelques pas. Levant la tête vers lui, je vis son regard emplit de soumission qui me pinçât le cœur.
- Azazel ?
- Oui maîtresse ?
- Je dois ramener l’ange au paradis
Le démon me fixa de son regard mouillé et hocha la tête en silence. Lui tournant le dos, je pris mon élan et sauta du haut du building avant d’étendre mes ailes et de filer vers les cieux, suivie de près par le démon. A mi-chemin, un escadron d’ange soldats virent nous barrer le chemin. Plongeant en mon âme, je vins chercher Me et sous les yeux effarés des anges, mes ailes se couvrirent de plumes d’un blanc éclatant et mes cheveux blanchirent avant de se raidir. J’étais de retour dans mon corps, une sensation étrange alors qu’en enfer j’aspirai plus que tout à le quitter.
Le capitaine d’escadron s’avança de quelques battements d’aile, m’invitant silencieusement à faire de même. M’approchant à mon tour, j’attendis anxieusement la suite.
- Détaille ton nom et ton poste, ordonna le capitaine d’une voix impérieuse
- Je suis Me, ange gardien
- Ce démon est-il ton ami ?
- Non, répondis-je fermement
Le capitaine sonda mon regard avant de tendre la main, paume vers moi. Je le laissai me sonder silencieusement. Abaissant la main, il fit un écart sur le côté.
- Tu as le droit de passer, mais lui non, déclara-t-il le regard fixé sur Azazel, intraitable.


Chapitre 9 : L’exil
Les soldats me laissèrent passer, sans un mot. Filant à toute vitesse, je me rendis devant la porte d’or qui restait constamment ouverte. Deux anges sortirent à ma rencontre, Haziel en tête, suivis d’Uriel. Impatiente, je voulu avancer à leur rencontre mais Haziel leva la main, m’ordonnant  silencieusement de rester là où j’étais. Décontenancée, je les attendis en bas des marches menant à la grande porte. Haziel était serein, Uriel avait un regard plus triste que d’habitude.
- Me, commença Haziel, le capitaine Aniel nous a prévenu de ton arrivée, il leva la main pour me faire taire alors que j’ouvrais la bouche, je sais ce qui s’est passé, j’ai tout vu lors de ton affectation
Choquée, je me senti trahie par l’archange. Je dus baisser la tête pour leur cacher mes larmes. Haziel se pencha alors vers moi de toute sa vénérable hauteur.
- Me, chuchota-t-il à mon oreille, je sais ce que tu cache en toi, il marqua une pause le temps que j’accepte ce que je venais d’entendre, tu va devoir attendre encore un peu avant de pouvoir revenir parmi nous, tu comprendras plus tard pourquoi j’agis ainsi, ai confiance
Le chérubin se redressa et repartis en direction de la porte. Uriel resta près de moi, attendant que l’ange repasse la grande porte.
- Uriel je…
Il me prit brusquement dans ses bras, me serrant contre lui. Je sentais son cœur battre violement dans sa poitrine. Il tremblait. Il me relâchât aussi brusquement et s’enfuit littéralement vers la cathédrale immaculée, me laissant hébétée et frustrée. Perturbée, je dus m’asseoir sur le duvet nuageux pour reprendre mon souffle. Les larmes se mirent à couler, incontrôlables, le long de mes joues. Fermant les yeux, je me contraignis à me calmer. Je me relevais en séchant mes larmes sur ma manche et repartis en direction de l’escadron et d’Azazel. Les anges ne firent pas un geste vers moi, et le démon me suivis sans un mot tandis que je me dirigeai à nouveau vers le monde des humains.
Je choisis le sommet d’un immeuble relativement haut, même si je savais que j’étais invisible aux yeux des humains,  je n’avais pas envie de les voir. Tandis que je m’adossais contre un énorme pot en terre où un arbre rabougris périssait lentement, mon cœur se serra à la pensée du petit garçon que je devais protéger, il avait du changer en un an. Azazel s’était accroupis à quelques mètres de moi, le regard scrutateur. Il attendait probablement la venue de You, mon moi démoniaque. Enfin pas si démoniaque que ça, elle m’avait sortie de l’Enfer, elle n’avait pas tué Azazel ni d’autres démons, elle était « gentille », en quelque sorte. Fixant mon regard sur le démon, je me rendis compte qu’il n’avait plus cette aura de haine autour de lui. Sa colère s’était calmée. Lui non plus n’était pas si démoniaque, il avait aidé You, il l’avait regardée avec tant de tendresse…comme Uriel avec moi. Etais-ce possible ? Les démons étaient-t-ils capables de sentiments autres que la haine ? Y en avait-il beaucoup ? Etaient-ils tous rejetés comme Azazel, qui n’avait du sa survie que grâce à ce stupéfiant don de soin ? Il fallait que je sache, je devais comprendre.
Avisant que je me levais, Azazel se remit également debout avec agilité. Décontenancé, il me regarda avancer vers lui d’un pas décidé. Il ne recula pas.
- Azazel, y a –t-il d’autres démons come toi ?
- Comme moi ? demanda-t-il dans un  grognement, fronçant les sourcils
- Oui, avec un don particulier et plus gentils que les autres démons
- Je ne suis pas gentil ! gronda-t-il en reculant, battant furieusement des ailles, mécontent, mais voyant que je n’avais pas peur, il referma ses ailes et soupira bruyamment.
- Oui il y en a d’autres, ni anges, ni démons, ils se terrent dans le monde des humains, rejetés par tous ils ont formés leur propre peuple, celui des Monge, ils sont pacifiques
-  Très bien, je dois leur parler, conduis moi à eux s’il te plait !

Chapitre 10 : Le peuple Monge
Azazel n’avait pas été surpris en entendant ma requête, et je sentais au fond de moi que You approuvait ma décision. J’étais sur la bonne voie. Le démon m’emmena au beau milieu des humains, aveugles à notre présence. Il me conduisit dans une bouche de métro et nous descendîmes sur les railles. Entre deux stations, Azazel se dirigea vers une fissure dans le mur de béton. Egrenant une litanie magique, la fissure s’agrandie jusqu’à devenir une arche, nous ouvrant le passage. Là, une petite salle vide avec une porte tout au fond. Le passage reprit son apparence de fissure tandis que nous avancions vers la porte. Le démon frappa à la porte en code. Une toute petite ouverture s’ouvrit et deux yeux rouge sang apparurent.
- Q’est-ce que c’est ?…Azazel !
Le démon aux yeux rouges ouvrit précipitamment la porte en grand et sauta littéralement dans les bras d’Azazel. De la taille d’un enfant, le démon aux yeux rouges battait furieusement de ses petites ailes.
- Hé là Zabulon, moi aussi je suis content de te voir ! s’exclama Azazel
Ces effusions de tendresses me prirent au dépourvus. Ne sachant que faire, je restais en retrait pour ne pas déranger. Avisant ma présence, Zabulon sauta des bras de son ami.
- Que nous ramènes-tu donc Azazel ? Tu sais que les anges ne sont pas admis ici, en tant que gardien je ne peux la laisser passer, dit-t-il en secouant sa grosse tête ronde de gauche à droite
- Elle est différente, elle abrite un démon en elle
La description d’Azazel me prit de court, je n’avais jamais songé à cet aspect des choses, peut-être devais-je trouver le moyen de faire sortir You de moi pour pouvoir retourner au Paradis ? A la seule idée de devoir annihiler la vie de You pour une raison aussi égoïste, mon cœur se révolta. Non, je ne la ferai jamais disparaitre, même si cela devait me condamner à l’exil à jamais !
- Un démon ? s’écria Zabulon, je veux voir ça !
Leurs yeux fixés sur moi, je hochais la tête en signe s’assentiment. Baissant la tête, je sortis mes ailes immaculées, faisant reculer d’un pas les deux démons. Puis mes ailes perdirent leurs plumes, se transformant en peau rouge sombre, mes cheveux perdirent leur raideur naturelle et firent de jolies boucles avant de prendre une douce couleur ébène.
- Wow ! Fantastique ! Un ange et un démon dans un seul corps, c’est stupéfiant ! Elles sont évidement les bienvenues ici ! Entrez entrez !
J’esquissais un petit sourire amusé tout en suivant des yeux le petit démon jovial, consciente du regard d’Azazel sur moi. Nous suivîmes Zabulon derrière la porte qu’il referma consciencieusement. La ville était gigantesque, peuplée de démons, mais également d’anges bannis, tous vivant en harmonie. Les habitations, réalisées dans un matériau non identifié, grimpaient le long de colonnes immenses, laissant les rez-de-chaussée aux magasins.
- Ukobach, appela Zabulon
Un grand démon couvert de flammes arriva précipitamment dans notre direction.
- J’emmène ces deux là devant le Conseil, garde la porte jusqu’à mon retour d’accord ?
Le géant enflammé hocha la tête et s’assit devant la porte, immobile comme la pierre.
- Le Conseil, m’expliqua Zabulon, doit d’abord te sonder avant de décider si tu peut rester ici ou non, sans lui nous serions tous massacrés en une seconde
Il nous emmena dans une cathédrale, réplique plus petite de celles du Paradis et de l’Enfer. Ses pierres étaient en granit blanc veiné de cendre grise d’où sortait un peu de fumée de temps à autre. Zabulon nous abandonna à l’entrée, et retourna à son poste. Azazel poussa la lourde porte en bois massif. Traversant la nef, nous arrivèrent devant l’autel, derrière lequel l’exèdre accueillait cinq sièges. Les cinq sages nous observèrent un long moment. Finalement, celui du milieu se leva et tendis sa main griffus vers ma tête. Je sentis alors une douleur atroce nous transpercer Me et moi. Je m’écroulais sur le sol rugueux en hurlant.


Chapitre 11 : La révélation
Lorsque la douleur s’effaça, je pus reprendre mon souffle. Azazel m’aida à me relever. Je me retins à grand peine de sauter à la gorge de celui qui m’avait attaqué, préférant laisser la place à Me. Le démon observa la transformation, le visage indéchiffrable, de nouveau assis sur son fauteuil. Azazel ne me lâchât pas lorsque j’apparus, lui qui m’avait tant haïe en Enfer. Gênée, je me dégageais finalement en douceur de son étreinte pour faire face aux cinq membres du Conseil.
- Tu es un être à part, commença le démon le plus à droite d’une voix haut perché, nul n’a jamais vu dans aucun des trois mondes, un ange et un démon, deux êtres entiers, partager le même corps, sans jamais affecter la nature ni la vie l’autre
- De ce fait, il t’est interdit de vivre dans le Royaume des Cieux où dans l’Empire des Enfers, continua son voisin d’une voix hachée et rauque, tu ne peux pas non plus vivre dans le Sanctuaire des Mange, tu es un danger pour nous tous
- Lorsque Dieu et Lucifer apprendront ton existence, ils te traqueront, poursuivit le démon du milieu d’une voix grave d’outre tombe, plus que nous tous réunis, tu remets tous les préceptes du Bien et du Mal en question
- Il n’y a pas de juste milieu pour eux, le coupa le démon le plus à gauche, nul ne peut appartenir aux deux mondes à la fois, comme notre peuple tu seras traquée et massacrée par leurs légions
- Ton existence est un cadeau, repris son voisin à la surprise générale, le premier démon créé fut rejeté par les anges à cause de son imperfection et Lucifer installa la rancœur et la haine dans son coeur pour venger sa créature et punir l’arrogance des anges
Le démon, apparemment très ancien, se leva avec difficulté de son siège et avança lentement vers moi. Me prenant le visage il plongea ses yeux aveugles dans les miens.
- Il créa ensuite d’autres démons mais tous n’eurent pas le cœur noir, il en oublia certains et ceux-ci créèrent cet endroit pour nous protéger
Fatigué, le démon flageola sur ses jambes et j’entrepris de le raccompagner à son siège. Il me retint par la main délicatement mais fermement.
- Les anges ont toujours refusés de nous purifier, mais toi tu es un ange à part entière, tu pourras les amenés à reconsidérer notre demande, les démons et les anges déchus qui vivent ici ont tous le droit à une seconde chance, aide-nous !
Le démon relâcha finalement ma main et s’effondra sur sa chaise, à bout de force. Choquée, je m’obligeais à retourner auprès d’Azazel. Les anges n’étaient pas si purs que ça en fin de compte, ils se croyaient tellement supérieurs, c’était à cause d’eux que les démons étaient devenus ce qu’ils étaient aujourd’hui. Le démon du milieu se leva, interrompant es pensées.
- Lucifer et Dieu n’envoient pas leurs armées s’entretuer pour la bonne raison qu’ils savent que la chute de l’un d’eux provoquerai la destruction du monde humain, ce qui n’est pas dans leur intérêt, mais tu a fait pencher la balance d’un côté qu’ils n’auraient jamais imaginés, tu dois convaincre l’archange supérieur de nous purifier, notre entre-deux monde était relativement toléré mais t’as présence a tout changé, tu dois aller trouver Gabriel au plus vite ! Zabulon poussa furieusement la porte de la cathédrale, paniqué.
- On nous attaque ! On nous attaque ! La légion infernale arrive !
Il reparti aussi vite qu’il était venu, les cinq démons se regroupèrent et disparurent dans les flammes, téléportés dans un autre lieu. Me prenant par la main, Azazel me fit sortir du bâtiment. De toute part les démons et les anges déchus prenaient leur envol et fonçaient droit vers le plafond pour disparaitre une fois la dernière habitation dépassée. De la porte d’entrée affluait des démons qui s’acharnaient sur les malheureux qui leur tombaient sous la main. A notre tour, Azazel et mois traversâmes le plafond pour nous retrouver dans le ciel du monde humain. La bataille faisait rage, les Monges furent massacrés en grand nombre.

Chapitre 12 : Le jugement de Gabriel
 De tous côtés, les démons se ruaient sur les Monges, les pulvérisant littéralement. Incapable d’en supporter davantage, je m’évanouis. Azazel me rattrapa de justesse tandis que je me transformais. Le cœur serré, je me résolus à me séparer de son étreinte pour me ruer au combat, toutes griffes dehors mes ailes démoniaques battant furieusement l’air. Les démons arrivaient de tous les côtés et je fus bientôt submergée. Du coin de l’œil, je vis Azazel se battre résolument à mes côtés mais il n’était pas de taille. Une lumière éblouissante déferla du ciel, désintégrant les démons, forçant les plus forts à fuir, purifiant l’atmosphère des miasmes de la bataille. You avait eut le temps de me laisser la place après avoir protégé de notre corps Azazel de la purification. Les Monges n’avaient pas été atteints, épargnés par les anges qui se dirigeaient à présent vers moi. L’archange Gabriel en personne, ses immenses ailes d’or battant gracieusement derrière lui se posa tranquillement au sol, suivi d’Haziel et d’Uriel qui lança un regard inquiet vers mes blessures. Levant son bras armé d’une épée de marbre blanc veinée d’or, Gabriel désintégra sans pitié les cadavres des démons qui jonchaient le sol. Regardant autour de moi, je ne vis aucun humain. Probablement que la bataille leur avait paru comme une secousse sismique et qu’ils s’étaient terrés chez eux.
Les Monges se regroupèrent derrière moi et Azazel, soutenant leurs blessés, bouleversés. Sans plus réfléchir, je me précipitai dans les bras d’Uriel, le serrant fort dans mes bras, tremblante. Mes larmes se mirent à couler sur mes joues tandis qu’il me serrait à son tour contre lui. Séchant mes larmes, je me reculai légèrement et mes cheveux se bouclèrent tout en s’assombrissant. Uriel ne recula pas face à moi lorsque j’apparu à quelques centimètres de lui seulement. Reprenant ma place aux côtés d’Azazel, mon regard se fixa sur l’archange qui n’avait pas raté une seconde de la scène qui s’était déroulé sous ses yeux.
Haziel avança d’un pas vers nous, un large sourire aux lèvres.
- J’ai vu tout ceci lorsque Me s’est présentée à moi afin de trouver sa place au sein de notre communauté, les Monges devaient enfin faire face à leur destiné et gagner le droit d’être purifiés en combattant les démons, ils ont ainsi pu être absous de leur nature même de démons qui les empêchait de s’élever vers les Cieux
Gabriel leva son bras libre et Haziel recula respectueusement. J’affrontais son regard en silence, le laissant me jauger de son regard bleu pur sans pupille de longues secondes. Les yeux plongés dans les siens, je su ce que j’avais à faire.
- Purifiez-nous ! lançais-je sans hésitation
Gabriel leva son bras armé, Azazel me prit la main et la serra une dernière fois avant de disparaître un sourire de reconnaissance aux lèvres. Stupéfaite, je fus la seule à rester debout. Regardant derrière moi, les Monges avaient disparus. Levant un regard d’incompréhension vers l’archange, je fus happée par le noir. Je me retrouvais soudain dans l’esprit commun que je partageai avec Me qui se rua sur moi et me serra dans ses bras, refusant de me laisser partir.
Tendrement, je caressai sa longue chevelure soyeuse couleur de neige avant de la saisir délicatement apr les épaules pour l’écarter de moi.
- Me, tu ne survivras jamais hors du Paradis, tu le sais, je ne peux continuer plus longtemps à t’empêcher d’être ce que tu es, un jour je finirai par contaminer ta pureté, par ma faute tu sera déchue, je ne peux pas supporter cette idée
Me baissa la tête, les yeux plein de larme
- Tu va disparaître, je vais me retrouver seule à nouveau…
- Jusqu’à ce que je revienne, la coupais-je, tu sais que la purification me fera devenir humaine, à partir de ce moment là je serai capable de te rejoindre dans les Cieux, et Me si tu me veille, si tu es mon ange gardien, je serai toujours à tes côtés, tu sauras me guider sur la bonne voie, reprenant mon souffle, j’essuyais les larmes de l’ange, laisse moi retrouver Azazel, s’il te plait
Les yeux de Me s’agrandirent de surprise puis, accablée, elle hocha la tête et me laissa à nouveau le contrôle de notre corps. Je me retrouvais allongée par terre, la tête sur les genoux d’Uriel. Je me relevais résolument face à Gabriel qui attendait patiemment.
- Purifiez-moi, redemandais-je à l’archange
Celui-ci leva son bras et pointa son épée vers moi. La lumière me heurta de plein fouet faisant vibrer l’air autour de moi. Fermant les yeux, je me senti partir. Je ne ressentais aucune douleur, mon âme était apaisée. Mes cheveux blancs ondulant légèrement dans la brise qui s’était levée, je laissais mes larmes couler le long de mes joues, le coeur lourd. Je senti confusément la main d’Uriel prendre la mienne et m’entraîner à sa suite tandis que Gabriel et Haziel reprenaient leur envol vers les Cieux. En silence, il m’amena à l’hôpital du quartier, au niveau de la maternité. Une femme criait, se débattant pour mettre au monde son bébé. Après de longues heures d’attente, la délivrance vint enfin, et je découvris alors une petite fille aux grands yeux bleu identiques aux miens, mais avec un léger duvet bouclé couleur ébène.
Par Epsylon - Publié dans : Ecriture - Communauté : Lovely Dolls
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